Noël

Noël
La vie est remplie d'éclats de lumière si on veut bien les voir!
La beauté de la nature, la créativité des humains, la tendresse des animaux et certaines pensées sont là sur ce blog pour nous le rappeler tous les matins!

1 mars 2012

Jolien et Morgan


L'histoire commence en 1716, dans le nouveau monde que l'on n'appelle pas encore Amérique. Les premiers émigrants qui s'y sont installés restent groupés sur la côte est, et tentent de reproduire ce qu'ils ont connu avant, dans leurs pays d'origine.
Boston n'est alors encore qu'un petit port où les immigrants arrivent tant bien que mal, fuyant la famine, les guerres de religions, ou expédiés d'office. Les régions et les villes portent les mêmes noms qu'en Angleterre et, à quelques miles de Boston, on trouve une ville qui s'appelle Cambridge. De nos jours, Cambridge est un quartier de la ville de Boston, mais à l'époque ce n'était pas le cas.
C'est dans les environs de Cambridge que vit la famille de Jolien, une petite fille de huit ans. Son père est juge, un notable, un homme plus absorbé par ses affaires que par ses proches, qui vit dans un domaine à la campagne une grande maison austère, mais confortable pour l'époque, une ferme et des terres




Jolien est née dans cette maison où elle vit avec sa mère, une tante, la soeur ainée de son père, veuve sans enfant, et sa soeur plus âgée de deux ans, Katherine. Aprés elle, un petit garçon est venu au monde, mais qui ne survivra que 4 ans, puis une autre soeur née en 1715.
La mère de Jolien est une brave femme, sans grande personnalité, encore soumise aux règles imposées aux femmes de l'époque. Elle s'occupe de la maison, des domestiques et de l'éducation de ses filles qu'elle rêve de voir épouser , un jour, un bon parti : c'est sa seule ambition!
La tante, elle, en a vu d'autres, et elle profite d'un veuvage qui l'a libérée de toute servitude. Féministe avant l'heure, elle ne s'est jamais remariée, et contrairement à sa belle-soeur, elle n'a pas l'intention de se laisser mener à nouveau par un homme. Pas même son frère, dont elle est l'ainée, et la seule à avoir du pouvoir sur lui. Il la craint, et lorsqu'elle ne se prive pas de dire tout haut ce qu'elle pense de lui et du reste, il préfère se rabattre dans son bureau en silence. Il sait qu'il n'aura pas le dernier mot avec elle! En fait, elle est le véritable "maitre" de la maisonnée.
Jusque-là, ce sont les deux femmes qui se sont occupées de l'instruction de Jolien et Katherine, mais désormais, elles arrivent à un âge où il va falloir envisager d'engager un précepteur. Evidemment, les convenances voudraient qu'il vaudrait mieux une gouvernante pour l'éducation de deux jeunes filles de bonne famille, mais les femmes sont rares, et ici, dans ce monde neuf, les convenances sont différentes!
C'est ainsi que le père des fillettes engagea un jeune Irlandais, fils de pasteur et instruit, qui avait décidé de tenter sa chance dans ce nouveau monde à la mort de ses parents, aprés avoir vu son pays ravagé par les guerres de religion. A l'époque, il avait 25 ans, il s'appelait Morgan, et n'avait que son instruction et un cheval comme seul bagage. La vente de la maison de ses parents avait tout juste suffi pour payer la traversée périlleuse vers le nouveau monde. Et désormais, c'est à lui qu'on confia l'éducation des deux jeunes filles: littérature, histoire, géographie, sciences, musique, peinture constituaient l'essentiel du programme.
Occupées par de jeunes enfants, et la gestion du domaine, les deux femmes, petit à petit, laissèrent à Morgan le soin de veiller sur les filles ainées qui passaient la plus grande partie de leur journée avec lui. Une fois les cours terminés, Morgan aimait prendre son cheval pour parcourir la campagne, mais très vite, il se rendit compte qu'une de ses élèves avait, elle aussi, un certain gout pour la liberté. Qu'à cela ne tienne, il lui apprit à monter, et avec la permission de ses parents, l'emmena promener avec lui, continuant à travers ça, à lui enseigner ce qu'ils découvraient en cours de route!


Jolien était curieuse d'esprit, gaie, vive, indépendante, curieuse d'apprendre et observatrice. Elle posait des questions sur tout, y compris sur des sujets qu'une jeune fille n'aurait pas dû poser. Mais Morgan avait vite cerné le caractère de son élève, et durant leurs promenades, il en profita pour lui enseigner bien plus qu'il n'aurait pu le faire dans la maison. Politique, philosophie, religion, rien n'arrêtait Jolien. Elle voulait comprendre comment fonctionnaient les humains, et Morgan, qui n'avait pas beaucoup de compagnie en dehors de cette élève intelligente et curieuse, n'hésita pas à échanger avec elle sur sa vision du monde, ses idées et ce qu'il avait vu dans son pays!
Katherine, bien que plus âgée, était d'un caractère plus réservé. Elle ne parlait pas beaucoup en cours, et ne s'intéressait guère à ces promenades. Comme sa mère, son seul rêve était d'épouser un jour un bon parti qui la conduirait loin de cette campagne qu'elle n'aimait pas. Avec un peu de chance, elle pourrait épouser un homme de Boston, et mener une vie qu'elle devinait uniquement à travers quelques lectures.
Les années passèrent ainsi dans cet univers un peu en retrait du monde, où chacun vaquait à ses occupations routinières mais vitales. Sans s'en rendre compte, Morgan et Jolien étaient devenus les meilleurs amis du monde, partageant les mêmes intérêts pour la lecture, la musique, la peinture et leurs escapades à cheval. Personne ne s'en offusquait, car ici on ne vivait pas à la ville, on devait travailler tous ensemble et la position de notable n'empêchait pas de devoir partager le travail des fermiers durant les saisons de récoltes, ou de coupe du bois. Tous les travaux qui permettaient à cette petite communauté de survivre étaient partagés de même que les peines et les bonheurs.
Mais les filles grandissaient, et bientôt leur père annonça à Katherine qu'il lui avait trouvé un mari. Un jeune homme de bonne famille de Boston, comme elle en avait rêvé. Ils furent fiancés, et tout le monde sembla ravi! Katherine se voyait déjà fréquentant la haute société de la ville, portant de belles robes, et profiter des sorties au théâtre ou au concert! Du mariage, elle n'envisageait que ça, et durant des heures, elle décrivait à Jolien comment serait sa future vie. Jolien, elle, s'en fichait. Ce n'était pas du tout ce dont elle rêvait, mais elle se réjouissait de voir sa soeur contente. Elle n'avait encore que 16 ans et ne pensait pas au mariage et encore moins à partir vivre loin de cette maison.
Durant toute l'année de fiançailles de sa soeur, ses convictions dans ce domaine commencèrent à se renforcer. Le jeune homme en question vint à plusieurs reprises leur rendre visite, et plus elle le voyait, plus Jolien se mettait à détester tout ce que ce mariage était sensé apporter à sa soeur! Ce n'était pas de cette vie-là qu'elle voulait, ce n'était pas de ce genre de mari dont elle rêvait, et la crainte commença à l'envahir car elle savait qu'un jour, à son tour, son père lui annoncerait qu'il avait trouvé un mari pour elle, dans le même style. Son seul confident était Morgan qui tentait , comme il pouvait, de la rassurer, en sachant pertinemment, qu'en effet, c'était le même sort qui l'attendait.
Le jour du mariage arriva enfin, et en fin de journée, Katherine quitta définitivement la maison avec son nouvel époux sous les voeux de toute la famille, ou presque. Morgan avait toujours été considéré comme un domestique, et Jolien avait préféré s'enfuir pour ne pas voir ça! En fin d'après-midi, après le départ des jeunes mariés, un orage éclata, et ce n'est que tard dans la soirée qu'on s'aperçut de l'absence de Jolien.
Le père fit appel à tout le monde pour la retrouver, sans succès. Tout le monde était rentré bredouille et trempé, sans comprendre ce qui avait pu se passer. Après les festivités de la journée, la panique s'installait dans la maison. C'est alors que la tante intervint! En s'adressant directement à Morgan, elle lui demanda d'aller chercher Jolien, car elle était sûre qu'il savait où elle se trouvait. Celui-ci s'apprêtait à obéir lorsque le père de Jolien , comprenant soudain qu'il y avait anguille sous roche, se jeta sur lui pour l'insulter, lui ordonner d'aller la chercher et ensuite de faire ses bagages et de quitter cette maison sur le champ! C'était sans compter sur le caractère de sa soeur, qui prit immédiatement la défense de Morgan, traitant son frère d'idiot qui se préoccupait bien plus de ses affaires que de sa famille, et qui venait de vendre sa fille ainée à un jeune parvenu sans envergure et sans intérêt! Le flot d'insultes continua de le poursuivre jusque dans son bureau, seul endroit où il put enfin trouver refuge. Pendant ce temps, Morgan avait déjà sellé son cheval et sous une pluie battante partait à la recherche de Jolien. Il savait où la trouver, oui, là où ils se retrouvaient en fin de promenade pour discuter tranquillement. C'est là qu'elle était, trempée, tremblante de rage, de chagrin. Non seulement, elle venait de perdre sa soeur, mais elle venait de comprendre que le même sort l'attendait et elle s'y refusait de tout son corps et de toute son âme! Elle venait de comprendre aussi que le seul homme qu'elle pourrait aimer et épouser était Morgan qui venait la chercher!
C'est ce soir-là qu'avant de rentrer ils décidèrent que quoi qu'il arrive, ils ne seraient jamais séparés, et que d'une façon ou d'une autre ils trouveraient le moyen de se marier, même si pour cela, il faudrait attendre. Jolien n'avait que 17 ans, Morgan en avait 33!
Ils n'eurent pas si longtemps que ça à attendre, car ils avaient trouvé une alliée précieuse avec la tante qui n'avait guère apprécié non plus le mariage de l’aînée de ses nièces. Avec son esprit indépendant et féministe avant l'heure, pour elle, ce mariage était un mariage arrangé, comme celui qu'elle avait subi elle-même. Elle ne pouvait l'approuver, et dans son esprit, il était hors de question que sa nièce suivante subisse le même sort! Sans compter que l'air de rien, elle avait compris depuis longtemps ce qui se tramait entre Jolien et Morgan, peut-être même avant eux!
Dans un premier temps, elle empêcha son frère de renvoyer Morgan : il y avait encore une petite fille à éduquer sous leur toit, et elle commença à influencer sa belle-soeur pour que celle-ci soutienne sa fille et non son mari! A l'époque, c'était le père qui décidait qui devait épouser sa fille, c'est lui qui choisissait le futur époux en fonction de ses intérêts, et aucune demande de la part de Morgan n'aurait pu aboutir! Aux yeux du père de Jolien, Morgan n'était qu'un employé, rien de plus, et ne présentait donc aucun intérêt! De plus, s'étant senti floué dans cette histoire, il s'était mis à haïr Morgan et à ne tolérer sa présence sous son toit que par peur de sa soeur qui le méprisait de plus en plus chaque jour! Mais il pouvait y avoir une cause majeure pour marier ces deux-là, sans que le père ne puisse s'y opposer! Et cette cause majeure se produisit!
Jolien se retrouva enceinte!

Contraint et forcé, le père de Jolien dut accepter que sa fille épouse au plus vite le père de l'enfant! Mais, en contrepartie, il les rejeta tous les deux, les obligeant à quitter la maison dès que le mariage serait prononcé et déshéritant sa fille!
Il n'y eut pas de grande noce pour Jolien et Morgan, et seule la tante devait être bien heureuse de ce mariage! Pour aider ce jeune couple à démarrer dans la vie, c'est elle qui donna à Jolien tout ce qu'elle possédait, sans oublier le piano! Katherine fut prévenue et invitée, mais elle ne jugea pas nécessaire de se déplacer, ou son mari décida pour elle? Depuis son mariage, elle écrivait régulièrement à sa famille et à sa soeur pour leur décrire sa nouvelle vie, ses toilettes, sa maison, ses sorties, mais jamais un mot sur ce qu'elle vivait vraiment. Elle n'y parlait jamais de son mari, et tout juste du premier enfant qu'elle attendait, mais rien de ses sentiments. Tout le monde avait déjà compris que la vie dont elle avait tant rêvé n'était peut-être pas aussi rose qu'elle l'avait pensé! Mais c'était la vie d'une femme de cette époque et, à part Jolien et sa tante, personne ne s'en offusquait!
Morgan avait obtenu un poste d'instituteur dans un village plus éloigné à l'intérieur des terres. Pas de quoi gagner une fortune, mais suffisamment pour faire vivre sa nouvelle famille. Jolien s'en fichait éperdument. Elle savait qu'elle pourrait enseigner elle aussi, et que la vie à la campagne ne l'effrayait pas. Depuis l'enfance, elle avait participé aux travaux des champs avec les fermiers de son père, elle avait partagé le travail de leurs femmes comme sa mère et sa tante l'avaient fait. Alors, après un mariage prononcé à la va-vite, ils chargèrent tout ce qu'ils possédaient dans un chariot, et ils prirent la route vers l'ouest. C'était la dernière fois que sa famille la verrait, et la dernière fois qu'elle voyait sa famille!
L'enfant qu'attendait Jolien ne put naitre vivant, comme s'il n'était apparu que pour leur permettre de se marier. C'était chose courante à l'époque ; beaucoup d'enfants mouraient en bas-âge ou ne voyaient jamais le jour. Mais leur nouvelle vie leur convenait à tous les deux. L'école où enseignait Morgan n'avait rien d'une école. C'était une sorte de bâtiment qui servait un peu à tout, et seuls les garçons avaient le droit d'y aller. Mais plusieurs familles du village acceptèrent de confier quelques heures par jour leurs filles à Jolien qui les instruisait dans leur petite maison. Pour le reste ils se débrouillaient comme les autres villageois.

 


Jolien fit encore quelques fausses couches avant de pouvoir enfin mettre au monde un petit garçon. Cet enfant était leur rayon de soleil. Régulièrement, Jolien écrivait à sa mère , sa tante et sa soeur pour leur raconter comment se déroulait leur vie. Sa tante lui répondait toujours et sa mère de temps en temps. Sa belle-soeur avait fini par la convaincre de braver l'interdit posé par son mari de ne plus écrire à sa fille, et pour la mère, c'était la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase et qui allait avec le temps faire germer en elle un grand changement de mentalité. Katherine, elle, ne répondit jamais aux lettres de sa soeur. Ce n'est que quelques temps après s'en être étonnée auprès de sa tante qu'elle en eut l'explication. Katherine avait été elle aussi amoureuse de Morgan et elle n'avait pas supporté que Jolien ait pu l'épouser. Sa vie de femme mariée l'avait faite chuter de ses rêves romantiques. Oui, elle portait de belles toilettes, elle allait au théâtre et était invitée à des réceptions. Elle vivait là où elle avait voulu vivre, mais le beau prince charmant avait disparu, et les grossesses successives l'avaient aigrie. Elle était jalouse, mais devenue mondaine aussi elle rejetait cette soeur qui avait bravé les interdits et choisi de vivre pauvre et aimée plutôt que le contraire!
La seule chose dont Jolien souffrait dans sa nouvelle vie était d'être éloignée de sa famille, du jugement de son père, mais la réaction de sa soeur la fit souffrir plus que tout! Cela ne fit que la rapprocher davantage de Morgan et de leur fils. Au fond, Morgan, lui, n'avait plus aucune famille depuis longtemps. Désormais il n'y avait plus qu'eux et les deux femmes avec lesquelles elle parvenait à échanger par écrit! Morgan avait fait un portrait de leur fils Maël qu'ils leur avaient fait parvenir et qu'elles gardaient soigneusement caché aux yeux du grand-père "indigne"!
Tout aurait pu continuer comme ça, tout simplement ; une histoire banale comme tant d'autres. Leur vie était réglée entre les différents travaux à faire pour survivre, les saisons qui se suivaient et un enfant qui avait désormais quatre ans. Mais certains destins ne suivent pas la banalité, et après quelques années de répit, le sort de nouveau s'acharna sur eux!
La tante de Jolien qui était déjà âgée vint à mourir, mais pour Jolien et Morgan, il ne leur fut pas permis de venir aux obsèques. Katherine n'y vint pas non plus mais pour d'autres raisons. Et leur mère nota son absence amèrement.

Puis, une épidémie vint frapper le village en emportant de nombreuses familles et en en laissant d'autres complètement hagardes et endeuillées. Jolien et Morgan avaient survécu mais leur petit garçon fit partie des victimes dont les corps étaient brulés au fur et à mesure. Lorsque l'épidémie toucha à sa fin, les deux tiers du village avaient disparu. Le pasteur décida de créer tout de même un cimetière où seules des pierres sur des tombes vides permettrait aux villageois de venir se recueillir. Morgan en grava une pour Maël, une pierre perdue au milieu des autres. Un jardin de pierres qui ne pourrait jamais réconforter les quelques familles restantes, ni leur faire oublier comment ils avaient vu disparaitre les corps des leurs!
Jolien ne s'en remis jamais! Ils n'avaient pas pu avoir d'autres enfants, et quelques mois plus tard, elle se mit à souffrir d'une maladie dont on ne savait pas encore de quoi il s'agissait. On ne savait pas encore ce que signifiait le mot cancer! Elle dépérissait à vue d'oeil, et le docteur qui passait parfois dans le village ne savait pas quoi faire. Morgan continuait à enseigner aux quelques enfants qui avaient survécu, mais le village ne pouvait pratiquement plus le payer, et à côté de cela, il essayait de combler par d'autres travaux la perte des hommes du village. Il ne voulait en aucun cas laisser Jolien seule et il dut faire appel à deux femmes du village pour veiller sur elle en son absence. Petit à petit, l'argent vint à manquer, et bien que les deux femmes refusaient d'être payées, il fallait pouvoir acheter les médicaments que le docteur apportait en désespoir de cause pour tenter d'atténuer ses souffrances. Morgan avait, petit à petit, vendu tout ce qu'ils possédaient, y compris le piano. Ils n'avaient plus rien, et Jolien continuait de dépérir de façon irrémédiable. Il aurait voulu pouvoir la ramener dans sa famille pour qu'elle puisse au moins, à défaut d'être soignée, mourir dans des conditions acceptables, mais , se souvenant de la façon dont son père les avait chassés, il se refusa à implorer sa pitié. De son côté Jolien refusa qu'il écrive à sa soeur pour lui demander de l'aide. Devant l'attitude que cette dernière avait eue, elle ne voulait pas de sa charité, l'eut-elle accepté!
Alors , poussé à bout, devant les souffrances de Jolien, Morgan eut un geste désespéré. Il décida de braver l'interdit de son beau-père et de ramener Jolien auprès des siens, bien que le docteur lui ai déconseillé de le faire en pensant que Jolien ne supporterait pas le voyage. Pour ça il lui fallait un peu d'argent, et il alla le prendre dans la caisse du village sur un coup de tête. Dès le lendemain, il regretta son geste et alla rapporter l'argent au pasteur du village. Celui-ci, compatissant, et comprenant le geste désespéré de Morgan, lui proposa de l'accompagner chez celui qui remplissait la fonction de "maire" du village pour lui expliquer la situation! Ce qu'ils firent, sans se douter un seul instant que cet homme n'aurait pas la même compassion.
Depuis leur arrivée dans le village, cet homme n'avait jamais apprécié Morgan qu'il considérait comme un rival possible. Il saisit là l'occasion de se débarrasser de lui, et loin d'accepter ses excuses et ses explications, il alla faire quérir le juge de la ville la plus proche pour faire accuser Morgan de vol.
Quelques jours plus tard, Morgan fut arrêté, à la stupéfaction générale et sous le regard horrifié de Jolien qui voyait son mari arrêté et emmené loin d'elle. Son prénom hurlé par Jolien fut la dernière chose qu'il entendit. Il fut jugé et pendu trois semaines plus tard! Jolien mourut trois jours après. On était en 1738, elle avait 30 ans!


C'est le docteur et le pasteur qui se rendirent dans la famille de Jolien pour leur annoncer la mort de leur gendre puis de leur fille. Ils leur racontèrent en détail ce qui s'était passé et pourquoi. Le père de Jolien ne prononça pas un mot, blême, il tomba assis dans un fauteuil et resta là, hagard, durant des heures. Puis lorsqu'il se releva enfin, il ordonna qu'on prépare un chariot, et il prit la route de l'ouest avec deux de ses fermiers, ainsi que le docteur et le pasteur. Arrivé au village, il réclama le corps de sa fille, puis celui de ce petit -fils qu'il n'avait jamais connu. Lorsqu'on lui expliqua que toutes les tombes étaient vides car les corps avaient été brulés, il retira lui-même la pierre que Morgan avait gravée et plantée là pour l'emmener aussi. Enfin, il se rendit chez le maire pour lui réclamer le corps de son gendre. Celui-ci lui apprit sur un ton arrogant que son gendre avait été mis dans une fosse publique à la ville voisine en tant que condamné à mort. Il perdit vite son arrogance lorsque le père de Jolien l'attrapa et le força à monter dans le chariot à côté du cercueil de sa fille et de la pierre tombale de son petit-fils. Ils allèrent ainsi jusqu'à la ville où Morgan avait été "jugé". Là, ils se rendirent directement chez le "juge". Celui-ci , confronté à un juge bien plus important que lui, s'effondra de suite et avoua qu'il avait été soudoyé par le maire pour condamner Morgan de façon sommaire. Il les conduisit devant la fosse publique. Là, les hommes du père de Jolien obligèrent le juge et le maire à creuser jusqu'à ce qu'ils retrouvent les restes de Morgan et qu'ils les mettent dans un cercueil de fortune.Il parait que le lendemain on retrouva le corps du juge pendu chez lui et que le maire ne revint jamais dans le village.

Le père de Jolien ramena les siens chez lui et fit enterrer sa fille et son gendre dans le caveau familial sur leur domaine. A partir de ce jour, la mère de Jolien n'adressa plus jamais la parole à son mari. Elle décida également de ne plus jamais écrire à sa fille Katherine qui n'était pas venue non plus, et elle reporta toute son affection sur sa plus jeune fille Emily qui n'avait jamais voulu se marier et qui était restée vivre avec eux.
Durant l'année qui suivit, le père de Jolien n'eut de cesse de faire réhabiliter son gendre, et lorsqu'il y parvint, on le retrouva mort quelques jours plus tard, terrassé par une crise cardiaque. Là encore, Katherine ne se présenta pas à ses obsèques. Alors sa mère l'effaça de sa vie. Désormais, il n'y aurait plus qu'Emily!

Les années passèrent, et les deux femmes décidèrent de consacrer le reste de leur vie à aider les nouveaux immigrants, toujours plus nombreux. Petit à petit, elles transformèrent le domaine pour les accueillir, les soigner, éduquer les enfants, avant qu'ils ne poursuivent leur voyage. Tous les mois, elles se rendaient à Boston pour les accueillir, rejointes par d'autres femmes qui venaient les aider. Un jour, parmi ces femmes, elles en virent une, toute jeune, qui se présenta à elles comme étant leur petite-fille et nièce. Elle s'appelait Antonia. C'était une fille de Katherine, et qui voulait, elle aussi, contre l'avis de ses parents, apporter son aide à l'oeuvre de sa grand-mère et de sa tante. C'est d'elles qu'elle entendit l'histoire de cette tante et cet oncle qu'elle n'avait jamais pu connaitre. Elle hérita après leur mort du domaine, elle continua leur oeuvre, et c'est elle qui, jusqu'à la fin de sa vie, alla fleurir la tombe de Jolien et Morgan.

La mère de Jolien décéda en 1747 de tuberculose
Emily mourut en 1760 durant son sommeil
Katherine fit une chute mortelle de cheval en 1755
Son mari finit ruiné, il n'hésita pas à aller demander l'aide de sa belle-mère ce qu'elle refusa de lui donner. Il se suicida en 1742. Aprés sa mort, Katherine se remaria en 1745.
Antonia poursuivit seule l'oeuvre de sa grand-mère et Tante jusqu'à son décés à 58 ans en 1788.
Quelques années plus tard, en 1775, la guerre d'indépendance débutait et en 1783 naissaient les Etats-Unis d'Amérique! "
                                                           
                                                          Joelle ou Jolien qui sait?

Vous ne trouverez pas l'histoire de Jolien et Morgan dans les livres d'histoire ou dans un roman, car elle n'est gravée que dans ma mémoire comme plusieurs autres. Peut-être qu'un jour, si j'ai le courage , je vous les raconterai. J'aurais préféré ne pas m'en souvenir, ce qui est le cas normalement, mais parfois les sentiments perdurent au delà de la mort. C'est la seule chose que notre âme emporte de nos vies, et parfois , pour en guérir, elle est obligée de revenir et de retrouver ceux qu'elle a déjà rencontré pour régler avec eux ce qui n'a pas pu l'être autrefois! Qu'importe le temps, l'âme a tout son temps! Mais lorsqu'elle a décidé d'ouvrir la boite de Pandorre, comme la mienne l'a fait, alors surgissent les fantômes du passé, avec leur histoire! On ne peut plus refermer la boite, on ne peut plus oublier, on ne peut plus s'échapper! On doit affronter le pire et le meilleur, plus souvent le pire d'ailleurs!
Je ne suis pas la seule à être revenue de cette histoire, et certains, entre temps, ont tiré la leçon de cette expérience, mais pas tous! Eux, ont oublié, mais leur âme fait en sorte de les remettre devant l'épreuve pour leur donner une chance d'expérimenter la situation en optant pour un autre choix! A eux de la saisir, ou pas! Chacun a son libre arbitre!
Quant à Morgan et Maël, j'ose espérer qu'ils n'ont pas oublié Jolien, car elle, elle n'a jamais pu les oublier!

Je dédie cette histoire à tous ceux qui rêvent de régression dans les vies antérieures, pour qu'ils comprennent bien que ça n'a rien d'un jeu, ni d'une partie de plaisir! Quelque soit la technique qu'ils choisiront, il faut qu'il sachent qu'ils n'en reviendront pas indemnes, et qu'il leur faudra du temps, beaucoup de temps ensuite pour en guérir!
Moi, je n'ai pas eu le choix, je n'ai rien fait pour, c'est venu tout seul depuis mon enfance! je ne souhaite à personne de vivre ça ainsi!

8 commentaires:

Hélène Flont ✿Fine Art a dit…

Morgan et Jolien sont si présents soudain,éperdument aimés à travers vos mots, . Si peu de Jolien, si peu de Morgan arrivent jusqu'à nous, si peu d'amours survivent au moindre écueil... c'est un réconfort de ne pas les savoir oubliés.

Jose L. Serrano a dit…

Una historia muy bonita

Valmu a dit…

Jolien est un prénom d'origine hollandaise. Il y en a encore pas mal par ici.
Bises

johala6@yahoo. a dit…

Merci Valmu! Il serait intéressant de savoir quand les premiers hollandais ont commencé à émigrer vers le nouveau monde, guerre de religions je suppose? Je ne sais pas si la famille de Jolien était d'origine hollandaise?
Bises

valmu a dit…

Tu trouveras ici l'histoire des premiers colons de la zone France du Nord, Belgique et Pays-Bas vers les USA (Indes occidentales).

http://users.skynet.be/newyorkfoundation/les_origines_de_new_york/les_origines_de_new_york.html

johala6@yahoo. a dit…

Merci Valmu, je vais me pencher sur cette histoire.Si je connais bien la période du 19ème aux USA, Je ne connaissais pas grand chose au 18ème siècle de l'Amérique quand cette histoire là m'est revenue en tête, mais aprés j'ai commencé à chercher des renseignements pour voir si c'était plausible, et tout correspondait!

Hélène, en Gironde. a dit…

Jolien...Johala...tout s'explique !
Très émouvant !
Quelle drôle d'idée de vouloir faire des régressions...les valises sont déjà assez pleines et lourdes pour cette vie ci !
J'en ai fait sur les conseils d'un thérapeute, j'étais bien plus mal après qu'avant ! Et après, il faut se relever !
C'est très bien de mettre en garde les personnes contre ce genre de choses qui sont pourtant "à la mode" !

johala a dit…

Hélas Hélène, moi, je n'ai pas eu le choix. Ca a commencé dés mon enfance et il m'a fallu des années et pas mal de psychothérapies, pour comprendre de quoi il s'agissait. Ce n'est qu'à 30 ans, qu'une psychiatre m'a aidé à comprendre ce que c'était, ces droles de souvenirs qui arrivaient par bribes souvent terrifiantes, et qui m'a expliqué que j'étais médium et que je voyais dans le passé, mon passé, trépassé!. 12 vies à devoir revivre comme ça, spontanément et devoir me débrouiller avec. Heureusement, j'ai étudié aussi la psychologie, donc ça en cherchant le lien entre les deux plans et toutes ces vies, j'ai fini par voir le shéma qui se dessinait! 40 de travail et de recherches! Une psychothérapie sur une vie , c'est déjà dur, mais sur 12 vies et faire le lien entre elles, je ne le souhaite à personne! Aujourd'hui je comprends pourquoi je devais vivre ce destin là, mais je ne conseillerai à personne de chercher sauf si c'est dans le cas d'une démarche thérapeutique.
Bises