Noël

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La vie est remplie d'éclats de lumière si on veut bien les voir!
La beauté de la nature, la créativité des humains, la tendresse des animaux et certaines pensées sont là sur ce blog pour nous le rappeler tous les matins!

1 avril 2013

Histoire de fils et d'aiguilles

"En Avril, ne te découvre pas d'un fil!"

Ce mois ci sera rempli de fils et d'aiguilles, de dentelles et de tissus! Etant donné que je vais partir vers la fin du mois à Nantes pour le salon "Pour l'amour du fil", il m'a semblé que ce serait une bonne idée de consacrer une bonne partie des messages au textile sous toutes ses formes, et ce n'est pas le dicton du mois qui va me contredire!


Il y a quelques temps, l'une des lectrices de ce blog, à laquelle j'avais un peu raconté mon histoire de fils et aiguilles, me répondait que je devrais la publier sur mon blog! Je pense qu'elle se reconnaitra! J'ai hésité un moment avant de le faire mais finallement, pourquoi pas?

Histoire de fils et d'aiguilles
 
Chez moi, ma mère savait tout juste coudre un bouton, pourtant elle avait été élevée dans des pensions religieuses pour les jeunes filles de bonne famille. Mais pour les payer,mon grand-père étant un avare, malgré sa bonne situation, c'est ma grand-mère qui faisait les travaux de couture pour les soeurs! La situation était plutôt humiliante. Peut-être que ceci explique pourquoi ma mère ne pouvait pas voir en peinture la couture!!! Mon père par contre, élevé en bon Breton savait coudre et faire la cuisine. Donc c'est lui qui m'a appris à me servir de la machine à coudre électrique, qu'il avait offert à ma mère pour leur mariage en 1956!!! Le pauvre, il était mal tombé!!!! C'est lui aussi qui m'avait offert ma première mallette de couture, dont j'avais besoin pour l'école au cours préparatoire. Il était à Paris à cette époque là, et j'ai encore la lettre que je lui avais écrite pour lui demander. J'avais 5 ans. J'avais également reçu en cadeau une machine à coudre pour enfant. Mais trés vite, il s'avéra qu'il valait mieux m'apprendre à piquer sur une vraie, ce qu'il fit l'année suivante. Il avait trouvé l'astuce de poser une caisse à l'envers sur le sol, pour que je puisse atteindre l'accélérateur de la machine. Ma grand-mère de Luçon, qui ne travaillait encore que sur une machine à pédale, fit de même pour m'apprendre à l'utiliser.
Dés toute petite, 4-5 ans, je me passionnais pour les fils et les bouts de tissus qui trainaient chez mes grands-mères! Ce sont elles qui m'ont appris, à coudre, à broder, à tricoter et crocheter! La meilleure amie de ma grand-mère maternelle (la Vendéenne) était la couturière de Luçon, Madeleine. Comme elles étaient toujours fourrées ensemble, évidemment je la voyais souvent, et elle m'apprenait des tas de choses. J'ai retrouvé tout ça beaucoup plus tard, quand j'ai fait mes études, avec notre prof de couture, ancienne petite main d'un grand couturier! C'est cette grand-mère là qui m'a aussi appris à tricoter et crocheter car elle avait toujours travaillé, elle aussi, pour des boutiques! Quand à l'autre grand-mère, ma paternelle, elle avait passé étant jeune, un brevet de brodeuse! Elle n'a jamais eu à travailler, mais elle m'a enseigné ce qu'elle savait faire avec beaucoup de plaisir et de fierté car ses deux propres filles n'avaient jamais voulu apprendre, et j'étais la seule petite fille qu'elle voyait. Je me souviens qu'elle avait un boite pleine de boutons qui me fascinaient et avec lesquels je pouvais passer des heures à jouer quand j'avais 2 ou 3 ans!
C'est pour cela que je suis trés émue quand je vois tout ce que font certaines grand-mères pour leurs petites-filles! J'espère que leurs petites filles réalisent la chance qu'elles ont! Si je n'avais pas eu mes deux grand-mères, je n'aurais pas appris tout ce qu'elles m'ont enseigné, et j'aurais été trés malheureuse!
Il me reste juste un vieux napperon que ma grand-mère maternelle avait brodé et qui tombe en lambeaux, mais je le garde pour utiliser les broderies dans autre chose. J'ai du en mettre déjà un bout dans un quilt il y a longtemps, que j'ai vendu! De l'autre grand-mère, je n'ai aucun ouvrage. Comme je l'ai dit, elle n'a jamais eu à travailler et ma foi, on peut dire qu'elle était plutôt flemmarde! La seule belle pièce qu'elle a eu brodé, et que j'ai vu, était un drap blanc, superbe, qu'elle gardait pour être enterrée avec!!!! Le comble, c'est que c'est à moi qu'elle l'avait dit pour que ça se passe comme elle voulait, et j'ai respecté sa volonté! Le beau drap est parti avec elle dans son cercueil.
Mais je garde des tas de souvenirs!!!
Cette fameuse boite à bouton de ma grand-mère Jeanne, simple boite métallique ronde, mais qui contenait des trésors pour moi! Dedans, allez savoir pourquoi, il y avait aussi un petit oiseau artificiel en plumes. Que faisait-il là, au milieu des boutons, je ne sais pas et je ne me posais pas la question, il me fascinait, et aujourd'hui encore, je crois que c'est pour cela que je cherche toujours des oiseaux comme ça!
Une maille à l'endroit, une maille à l'envers pour faire des côtes trés fines et serrées. Comment elle essayait de m'apprendre à broder, à moi qui était gauchère...Elle n'a jamais essayé de me forcer à tenir l'aiguille de la main droite. Elle voyait que j'y arrivais, et ça lui convenait comme ça!
Mon autre grand-mère Raymonde de Luçon, s'étonnait toujours de la façon dont je tenais les aiguilles à tricoter. Pour la même raison, d'ailleurs! Mais comme j'avais pu lui prouver que j'allais aussi vite qu'elle, elle n'a jamais insisté. Cela la faisait rire! Même plus tard, quand je fus plus agée, chaque fois qu'elle me voyait, ça l'étonnait toujours! C'est elle , qui pendant des années, a fait les pulls de toute la famille. Il suffisait de lui donner la photo, et elle se débrouillait même sans les explications. Je crois qu'elle m'a transmis cette façon de faire aussi!
Chez son amie Madeleine, je découvrais des petits bouts de tissus soigneusement roulés, empaquetés dans du papier de soie, qu'un jour , elle déballa pour moi! C'était l'histoire de sa vie! Chaque morceau correspondait à un ensemble, ou une robe de soirée ou de mariage qu'elle avait fait dans son travail de couturière! Elle me racontait pendant des heures , le passage des dames qui venaient essayer, les soirées auxquelles elles allaient assister, ou les noces. Il s'en passe et il s'en dit dans l'atelier d'une couturière, où l'on se déshabille, au propre comme au figuré, de ses secrets les plus intimes. Chacun de ces bouts de tissu conservait un secret jalousement gardé dans une commode avec parfois une photo d'une tenue somptueuse ou d'une magnifique robe de mariée!. Toute sa vie, Madeleine n'a travaillé qu'avec une machine Singer à pédale qui ne faisait que le point droit. Elle surfilait tout à la main. Ca m'est resté ça aussi. Pas le surfilage, mais le fait d'avoir une machine toute simple et solide. Malgré mon métier, je n'ai jamais eu de machine à coudre sophistiquée et j'encourageais mes élèves à faire de même. Un point droit, un point zig-zag, et on peut faire n'importe quoi!
C'est d'elles que je tiens , sans doute également, la manie de tout récupérer, "ça peut servir", éducation d'une époque où on ne consommait pas comme aujourd'hui! Tout ce qui pouvait se révéler utile était gardé, vieux vêtements qu'on démontait pour les retourner, ornements, boutons et dentelles pouvaient être utilisés sur un autre. On gardait aussi, précieusement , tous les modèles qu'on pouvait trouver dans les quelques magazines qui existaient. Mes deux grand-mères étaient issues de milieux trés modestes, et même, si par leur mariage, leur situation sociale s'était nettement améliorée, elles avaient gardé les habitudes de leur condition et des circonstances de la guerre où l'on manquait de tout. Avec peu, on faisait beaucoup! Ca m'a bien servi dans ma vie et dans ma façon de travailler plus tard.
Chez ma grand-mère de Luçon en Vendée, je ne m'ennuyais jamais. Où qu'on soit, on emportait toujours notre ouvrage, dans le jardin, dans le car, à la plage, chacune avait un tricot ou une broderie. Je pouvais passer des heures à faire ça, en révassant. Chez moi, je ne pouvais pas, ma mère trouvait ça inutile et pas suffisament "intellectuel".Elle aurait préféré me voir lire, les lectures qu'elles m'imposait. A ses yeux, j'étais trop manuelle et ce n'était pas un compliment! Des années plus tard, alors que j'argumentais sur un sujet politique, elle m'a traité d'intello, et ça m'a amusée! Tout est relatif! Quelle importance??? Mais cela m'a longtemps dégouté de la lecture, et là encore, si , chez ma grand-mère , qui lisait beaucoup, je n'avais pas pu lire tout ce que ma mère m'interdisait de lire, je serais sans-doute passée à coté d'un autre grand plaisir. Maintenant, je m'en fiche, mais enfant, heureusement que mes deux grand-mères m'encourageaient et n'hésitaient pas à me dire combien elles étaient fières de ce que je faisais. Elles m'avaient transmis leur savoir, mais en plus , j'étais créative et elles, admiratives!
A 15 ans je vendais déjà mes premières oeuvres en patchwork. Si ma mère n'était pas "manuelle", c'était par contre une trés bonne vendeuse. Et mes collections partaient trés vite chez ses collègues de travail et leurs amies. Plus tard, le tricot et les patchworks m'ont aidé à payer mes études. J'étudiais le jour et je tricotais la nuit pour Anny Blatt ou pour des particuliers qui me commandaient un pull qu'elles avaient vu dans la revue "100 idées". Des années plus tard, certaines me les montraient, elles les avaient encore!
Voilà comment une petite fille de 5 ans est devenue plus tard, créatrice et professeur de fils et d'aiguilles.

Aujourd'hui, j'aimerais pouvoir leur dire merci à mes grand-mères et à ces femmes, pour tout ce qu'elles m'ont donné. Toutes ces techniques de base qu'elle m'ont apprises et que j'ai su utiliser, tous ces encouragements qui m'ont aidé bien des fois dans ma vie, des fois où ma vie justement, ne tenait qu'à un fil!

 Ma grand-mère maternelle de Luçon et moi, durant un voyage en Autriche. Chacune a tricoté son propre pull évidemment!
 
Ma grand-mère paternelle Jeanne
Et n'oubliez pas, à la fin du mois, à Nantes!
 
 
Attention la carte bleue!!!! LOL

6 commentaires:

Michele a dit…

Merci de "te raconter":de fils en aiguilles, d'aiguilles en fils, que de souvenirs accumulés!
Contrairement à toi, mes grands-mères ne m'ont rien transmis. Par contre ma mère était manuelle. C'est ainsi que très jeune j'ai tricoté (sans catalogue), brodé.
A très bientôt "Pour l'Amour du Fil".
Gros bisous

iris a dit…

coucou
à te lire , je retrouve des traces
de ma propre vie
mais c' est par ma mère que j'ai le
gout de la "chiffe"
et Pâques pour moi était un èvenement
car c'était le jour ou je portais
les vêtements tout neufs, fait par
ma mère , et surtout les souliers
vernis noirs , pour aller à la messe
j' ai appris son métier , 3 ans
d'école de couture
mon désir était de me lancer dans
les habits de théâtre
et puis tu vois , je suis devenue
infirmière :::::
Paris était trop onéreux ,et j' étais trop jeune
mais j' ai gardé le goût du tissu
son contact , son odeur
il faut que je touche
pour l' examen de couture
j' avais à faire un pyjama chinois
le tissus était en satin ( une horreur ) à manipuler
tout en une journée
la coupe , le montage ,
l' assemblage , et enfin le piquage
j' ai eu 17/20
diplôme réussi , mais très éprouvée
c' est loin tout ça ( 1966)
à bientôt
tendresse
edith

anne a dit…

J'adore cet article de souvenirs textiles et ces photos avec tes deux grands-mères; j'ai des petites filles, un peu trop jeunettes,mais ça commence: TRANSMettre, quel beau cadeau. Merci Joëlle!!

johala a dit…

Je suppose que tu t'es reconnue Anne dans celle qui m'a un peu poussée à écrire??? LOL
Merci à vous trois!
Bisous

Anonyme a dit…

Belle histoire que celle de cette couturière. moi je passais mes jeudis a ranger la boite a ouvrage de ma grand mere maternelle et c'est ma grand mere paternelle qui m'a appris à me servir de sa machine à pédale.
Kris

crazypatch a dit…

Une histoire passionnante, et si bien racontée. Ma mère non plus ne m'a rien transmis, mais très tôt comme toi, j'ai aimé les fils, les boutons et les tissus.