Pâques

Pâques
La vie est remplie d'éclats de lumière si on veut bien les voir!
La beauté de la nature, la créativité des humains, la tendresse des animaux et certaines pensées sont là sur ce blog pour nous le rappeler tous les matins!

18 juin 2018

Cinéma: "L'APPARITION"






J'ai enfin pu voir le film "L'apparition", et j'ai été profondément touchée. Un des meilleurs films que j'ai vu depuis longtemps.
Evidemment, si les gens vont voir ce film pour avoir des réponses toutes faites sur la Foi ou sur les apparitions, ils vont être déçus, normal, il n'y a pas de réponse sur ces deux sujets là.
Personnellement, je l'ai vu plutôt comme un film sur la quête, une quête, sans savoir exactement de quelle quête il s'agit pour chacun. 

Si un événement comme celui décrit dans le film se passait, comme cela s'est déjà passé d'ailleurs, le réalisateur a filmé exactement ce qui se passerait. Ca s'est déjà produit dans de nombreux endroits du monde, une jeune fille ou de jeunes enfants ou adolescents qui ont eu une vision de la Vierge, qui ne sont pas crus au début, puis, une autre apparition, et la foule qui commence à les croire avant que l'Eglise daigne enfin y mettre son nez. Tout y est décrit:
L'hésitation du ou de la voyante à parler de son expérience, puis le prêtre qui ne la croit pas, puis qui change d'avis, pour telle ou telle motivation, la meute de croyants qui afflue avec sa "foi", ses attentes, ou sa curiosité septique. Puis le mouvement s'amplifie jusqu'à devenir incontrôlable. Alors l'Eglise commence à se poser des questions , toujours avec un temps de retard comme d'habitude. Elle n'est plus le berger qui mène son troupeau, c'est le troupeau qui la mène avec plus ou moins de succés à se poser des questions auxquelles elle est incapable de répondre. Enfermée dans ses dogmes, son confort, et son retard sur son époque, incapable de s'adapter, elle est la première à douter et presque rejeter l'idée qu'une apparition puisse être vraie, de peur qu'un nouveau scandale ne vienne l'éclabousser.

Le réalisateur montre avec lucidité tous les aspects de ceux qui représentent la religion, le prêtre simple qui veut croire, celui qui y voit une bonne affaire à exploiter, et la hiérarchie qui pense à elle en premier et veut se protéger. Ce qui aurait pu devenir un cliché stéréotypé est filmé avec réalisme et simplicité, sans jugement, laissant au spectateur le soin de juger par lui-même. Jusque là , parfait, de même que les deux acteurs principaux.

Pour ceux qui n'a pas la foi ou qui rejettent la religion, il y trouveront leur compte, pour les croyants aussi, car ils n'attendent pas l'approbation de l'église pour se rendre sur les lieux et croire. Ces derniers attendent le miracle, comme ils l'ont toujours fait et comme ils le feront toujours, espérant qu'une force divine résolve leurs problèmes à leur place.

Et puis au milieu de tout ça, il y a les deux personnages principaux. Deux êtres en perdition, brisés par la vie, chacun à leur manière. Une jeune adolescente abandonnée dans sa petite enfance, livrée de foyer en famille d'accueil , normal qu'elle cherche une "famille" qu'elle va trouver dans la religion et le couvent. Comme le dit justement le journaliste à un moment, qui est le seul à soulever la question sur la vie que cette jeune fille a mené jusque là. Même la psychiatre n'en tient pas compte (normal de la part d'un psychiatre!) . En fait, il est le seul à chercher à la connaitre vraiment et à essayer de la comprendre, non pas si les faits sont vrais, mais comment elle a pu en arriver là. Les autres ne sont obsédés que par la question: "l'apparition est-elle réelle ou pas?", mais est-ce vraiment la question à se poser?

Lui, il se retrouve là, aussi paumé, brisé par la mort de son ami, cassé par les horreurs qu'il a vu. il ne comprend pas trés bien ce qu'il fait là, dans ce milieu qui lui est parfaitement inconnu et il se retrouve là-dedans à un moment de sa vie où il ne sait plus où il en est.
Est-ce l'église qui l'a choisi ou quelque chose de bien plus grand ?

Et petit à petit pendant que la jeune voyante se fait broyer par quelque chose qui la dépasse, lui, va retrouver son chemin. Il ne se pose pas les questions de l'église, mais celles d'un journaliste qui en a vu bien d'autres. il se pose les questions que les autres ne veulent pas aborder en fait, avec un regard différent sur les événements. Ce n'est pas l'apparition qui l'intéresse, ni la Foi, c'est la personne qu'il a en face qui l'interpelle. Mais n'est-ce pas justement le rôle de chacun de nous, chercher l'arbre caché par la forêt, pour trouver la "vérité"? N'est-ce pas là, la véritable quête? Voir ce que les autres ne voient pas, se poser les véritables questions que les autres ne veulent pas se poser, s'intéresser à la réalité de l'autre et ne pas se contenter de voir le masque posé sur son visage de gré ou de force? Dans le lot, il est le seul à mener une véritable enquête (en quête) quand les autres continuent de débattre sur des questions qui ne pourront jamais avoir de réponses, ou refusent carrément de se les poser.
De l'autre coté, cette gamine paumée, qui se retrouve complètement dépassée par ses choix d'adolescente fragile et qui va devoir les assumer sans y être préparée et sans avoir mesuré les conséquences et les responsabilités que son choix imposait. Tant qu'elle était protégée par le prêtre et à l'abri dans son couvent, tout allait bien, mais à partir du moment où les choses prennent de l'ampleur, la pression exercée par la commission d'enquête, l'exploitation de son image et les questions du journaliste vont vite la déstabiliser. Comment porter un tel poids lorsqu'on est une jeune adolescente, comment supporter une telle pression, surtout si en fait on cache un secret? Evidemment les croyants y verront une allusion au fait qu'elle doit "porter sa croix", c'est ce qu'ils veulent voir alors c'est ce qu'ils voient et en faisant ça, ils la laissent livrée à elle même et la font couler chaque jour davantage.

 Elle qui se croyait à l'abri, comprend petit à petit qu'elle ne peut plus avancer ni reculer, elle est prise au piège par le choix qu'elle a fait. Que l'on place cette situation dans ce contexte ou dans un autre, un adolescent fragile a de fortes chances de faire le choix du suicide. là, ce n'est plus une question de foi, de religion ou autre, c'est une question de psychologie d'adolescent muré dans le silence, la solitude et une pression insupportable qui ne trouve pas et ne sait pas comment trouver l'aide dont il aurait besoin, et dont personne dans son entourage ne voit la détresse. Le suicide est la seule porte de sortie aux yeux de beaucoup d'adolescents dans cette situation quand leur monde s'écroule.

Pour la majorité des gens qui la suivent, cette mort va être interprété comme un "martyr", assimilable à celui du Christ qui a choisi d'être crucifié au nom de Dieu, et à leur yeux, elle deviendra une martyre de plus, alors qu'il ne s'agit que d'une jeune fille en pleine détresse coincée dans son propre "rôle"! Là encore, le réalisateur filme tout ça avec beaucoup d'intimité , il observe simplement, il ne prend pas partie, il ne stigmatise pas, il ne la transforme pas de lui-même en martyre, il ne la transforme pas ouvertement en adolescente à problème. C'est au spectateur de se faire sa propre idée, et c'est là la force du film. A chaque instant, c'est au spectateur de choisir ce qu'il veut voir. Ce n'est pas un manque d'engagement, je le vois plutôt comme un véritable choix. Il  laisse au spectateur son libre arbitre!

Quant au journaliste, c'est le contraire.  Ce travail d'enquête va lui permettre de retrouver sa voie, il va l'aider à faire son deuil et affronter ses peurs. Cette quête va le ramener vers sa vie. Même si la fin semble un peu tordue, elle est surtout symbolique. Cette icône photographiée par son ami décédé et qui réapparait tout d'un coup, n'est qu'un clin d'oeil ou un signe. là encore, c'est à chacun de choisir comment il veut le voir. Mais pour lui, devoir retourner en Syrie pour rechercher la véritable voyante lui permet de fermer la boucle et faire son deuil. Elle, elle a refusé "d'être l'élue", ça peut se comprendre, c'est assez effrayant comme rôle. Là encore, le réalisateur ne porte pas de jugement sur le choix qu'elle a fait. il laisse encore le spectateur choisir par lui-même. Qu'elle soit musulmane ou pas n'a pas d'importance puisque les musulmans vénèrent aussi la Vierge sous le nom de Myriam ou Myriem. L'important, c'est qu'elle aussi elle a fait un choix, celui de vivre sa vie, celui de refuser ce rôle de sainte ou de martyre, celui de laisser Anna l'endosser à sa place. Et chaque choix que l'on fait a son prix à payer. Dans son cas, ce sera la perte de son amie.

 J'ai trouvé les images de fin trés belles. Le journaliste, l'homme qui est en lui, qui ramène cette icône là d'où elle venait, cet homme qui parvient à revenir là où son ami s'est fait tuer et là où sa propre vie s'est arrêtée à un moment, la boucle est bouclée et il a retrouvé sa voie et sa vie! C'est peut-être ça le miracle de cette apparition? C'est peut-être la seule image qui fait un peu cliché, seul au milieu du désert devant ce monastère abandonné, mais, c'est dans le silence et la solitude, et sans l'église quelqu'elle soit que l'on peut justement trouver la Foi.

Ce qui semble un "non engagement" du réalisateur est au contraire ce qui fait la force du film. Montrer tout ce qu'il montre sans jamais juger, en laissant en permanence au spectateur le choix de voir ce qu'il veut y voir, respecter son libre arbitre, est un tour de force. Tout est dit tout en finesse, , dénudé, juste présenté avec réalisme mais tout simplement, symboliquement si on lit entre les lignes. Il n'apporte pas de réponse toute faite, il expose des faits et c'est à chacun de croire ou pas. Ce n'est pas un film sur la religion, ni sur les apparitions, ni même sur la Foi en général. C'est juste un film sur le cheminement de personnes qui font des choix qu'ils vont devoir assumer  (même lui, il fait le choix d'accepter la mission qu'on lui propose) et comment ces choix vont influencer leur vie de façon marquante, et les transformer en bien ou en moins bien. Le réalisateur laisse le spectateur se poser les questions qu'il voudra bien se poser.


4 commentaires:

Alicia a dit…

NO LA CONOZCO...
PERO ESTE TPO DE PELICULA ES EN OCASIONES ES FUERTE Y NOS DEJA MAL POR NO ACLARAR Y PUEDE CONFUNDIR .
DEPENDE LA IDEA DEL DIRECTOR.
SALUDITOS

Anonyme a dit…

Très bel article: Tu as un talent pour l'analyse et la critique et du style
Bravo
Bises
Eric

Bonheur du Jour a dit…

J'ai vu également ce film et je l'ai beaucoup aimé. J'ai été très touchée par le cheminement de ces personnages à la recherche de la vérité.
Bonne journée.

Anonyme a dit…


Ce film est merveilleux et il est interprété par le Grand Vincent LINDON, entre autres...
Dommage qu'il passe presque incognito aux yeux du grand public !
A voir et à revoir au calme, pour ma part.
Quel admirable message de dignité et de Foi, don de Dieu. Il est gratuit et gracieux.

L'analyse pertinent de Joëlle est aussi remarquable. Quelle sensibilité et finesse. J'en suis touché. Merci.

Antoine.